Projet 2 : Usages scientifiques, sociaux et politiques de la race

Porteurs de projet

Personnes réellement impliquées (effectif global + détail nom, statut, laboratoire) :

Laboratoires et/ou équipes UNS concernés

Partenaires

Objectifs

Resp. J.L. Gautero (CRHI), X. Huetz de Lemps (CMMC) et V. Piétri (URMIS).

Ce projet a pour objectif de développer une analyse des usages scientifiques, sociaux et politiques de la notion de « race » dans une perspective diachronique et comparative permettant de mettre en lumière à la fois les spécificités et les logiques sociales communes, mais aussi les dynamiques de circulation des acteurs, des objets et des idées entre les aires géographiques (Europe, Afrique, Amériques et Asie) et les temporalités considérées (du xvie au xxie siècle). Notre approche consiste ainsi à questionner ces usages de la race en confrontant les débats contemporains aux usages plus anciens de la race et en comparant dans la longue durée les espaces territoriaux à l’échelle mondiale.

- Usages savants de la race et racialisation des catégories sociales : Les membres du projet se proposent de développer une approche réflexive de la notion de « race » telle qu’elle est élaborée dans le discours savant (scientifique, philosophique, théologique, juridique…) comme discours polémique et historicisé, en mettant l’accent sur les usages sociaux et politiques qui en sont faits. L’idée de race a, en effet, connu des évolutions de sens qui ne sont pas linéaires ou univoques, mais qui ont donné lieu à des interprétations divergentes selon les champs disciplinaires et selon les théoriciens et les institutions qui occupent ces champs, ce qui permet une multitude d’appropriations et d’instrumentalisations, à la croisée du biologique et du social/culturel/religieux. On s’interrogera en particulier sur les usages différenciés de la « race » dans les pratiques de catégorisation des individus et des groupes (enquêtes scientifiques, statistiques et administratives, statuts juridiques) en insistant sur la manière dont ont été prises en compte les apories des approches discriminantes face à l’unicité/infinie variété du genre humain à travers les figures du métis, du créole, de l’esclave et de l’affranchi, du sauvage, du païen, du monstre… et les alternatives théoriques à la racialisation des catégories sociales. Si ces usages discursifs ont durablement ordonné et profondément imprégné les sociétés plurielles, ils doivent être confrontés aux réalités évolutives du fonctionnement social. Les taxinomies raciales théoriquement les plus tranchées comportent toujours des porosités où se nichent des transfuges, des familles inclassables et des catégories intermédiaires. L’émergence ou la disparition de ces groupes entraînent parfois des recompositions des discours comme des catégorisations mais, en tout cas, ils sont des points privilégiés d’observation.

- La race : identité assignée, identité assumée, identité reniée : Les processus de racialisation apparaissent étroitement liés à l’émergence de sociétés coloniales et/ou de sociétés esclavagistes, même si le lien n’est pas systématique. Dans ces contextes très spécifiques, l’assignation d’identités raciale exprime les relations de domination entre colonisé et colonisateur, entre maître et esclave dans un rapport dialectique qui n’exclut pas les phénomènes de résistance et d’appropriation, de la même manière que la construction d’une identité raciale du colonisé ou de l’esclave participe également de celle du colonisateur ou du maître. La construction sociale des races peut ainsi être envisagée selon les approches développées par les Whiteness studiescomme une co-construction, dans le face-à-face entre « blanc » et « non-blanc ». Un face à face qui connaît des moments forts de (re)configuration lors des premières confrontations à l’altérité (découverte du « Nouveau monde », premières fondations coloniales), mais aussi lorsque les rapports de domination sont remis en question (révoltes et soulèvements, abolitions de l’esclavage, indépendances) et peuvent conduire les groupes stigmatisés à revendiquer l’appartenance à la catégorie raciale qui leur a été assignée (« Blackness », « négritude »). Toutefois, ces confrontations ne se résument pas à une opposition binaire, notamment dans les espaces coloniaux où les phénomènes de métissage ont été anciens et massifs, où l’importation d’une main d’œuvre non autochtone, d’abord servile puis, après les abolitions, sous contrat (coolies) a posé à nouveaux frais la question de l’autochtonie des populations. Par ailleurs, une partie de l’enquête sera consacrée aux phénomènes de refus de l’assignation raciale en contexte non colonial (Afrique de l’Est).

- Sortir de la race : émancipation, réparation, dé-racialisation : La question des conséquences de l’esclavage reste d’actualité, que ce soit au travers de la mémoire, de la demande de réparations ou du maintien de formes de discrimination et d’inégalité socio-raciales. Dans les Amériques et la Caraïbe, où les abolitions sont anciennes, les mobilisations ethniques contemporaines (African-Americans, afrodescendants) s’ancrent dans la dénonciation d’une « citoyenneté de second rang » liée à l’héritage de l’esclavage. Au sud de la Méditerranée (Maghreb, Afrique de l’ouest), la frontière entre esclavage et non esclavage est perméable et l’esclavage reste inscrit dans les structures sociales. En Afrique de l’Est, l’esclavage a longtemps été passé sous silence et les descendants d’esclaves sont socialement et politiquement marginalisés. Il s’agit ici d’analyser les logiques de continuité/ discontinuité des configurations sociales liées à l’esclavage, en interrogeant à la fois la « sortie » de l’esclavage, les caractéristiques des régimes esclavagistes et les productions culturelles et politiques liées à l’esclavage. L’enjeu de l’accès à une pleine citoyenneté peut ainsi s’articuler à celui de la construction d’une identité nationale qui dépasse les clivages hérités de l’esclavage. Par ailleurs, il s’agit de questionner les catégories d’« esclave » et de « descendant d’esclave » afin de mieux comprendre les logiques de différenciation (race, statut, couleur, apparence, appartenance, etc.) dans et après l’esclavage. Même dans les sociétés post-coloniales, mais non post-esclavagistes, une partie au moins des catégorisations raciales anciennes continuent, par des filiations historiques complexes, d’imprégner les représentations et les classifications sociales.

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